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ÉDUCATION ET COVID-19,
quelles leçons à tirer?

La crise de la COVID-19 démontre que la bureaucratie du ministère de la Santé a échoué dans sa mission de mettre les patients les plus vulnérables au cœur de ses actions. Malheureusement, il en va de même en éducation. La crise actuelle met en lumière le fait que la qualité de la formation offerte aux élèves n’est pas au cœur des préoccupations du ministère de l’Éducation. Nous constatons plus que jamais un réseau public usé, notamment à cause de la lourdeur de la tâche et du manque de ressources pour les élèves en difficulté d’apprentissage ou de comportement qui, pourtant, devraient être la priorité.

 

Le plus choquant, c’est que le fossé entre les réseaux public et privé se creuse davantage avec la crise. Force est d’admettre que plusieurs écoles privées étaient prêtes à affronter la pandémie. Par exemple, plusieurs élèves du privé et leurs enseignants possèdent une tablette et sont abonnés à des plateformes en ligne. Pendant ce temps, le réseau public improvise.

 

Dans la réalité des écoles publiques, il y a un nombre non négligeable de familles pour lesquelles Internet n’est pas disponible, surtout en région, ou encore où le télétravail parental empêche le jeune de travailler sur le seul ordinateur disponible à la maison. Bien sûr, les technologies ne sont pas une panacée, ces outils n’étant que des moyens qui ne remplaceront jamais le nécessaire lien élève-enseignant. Il n’empêche que cela illustre dramatiquement que, pour faire face à une situation inattendue comme la pandémie, il faut une stratégie et la planifier longtemps à l’avance.

 

Il en est de même avec la directive ministérielle demandant aux enseignants du public de ne faire que de la révision plutôt que d’enseigner des nouveaux contenus. Pourtant, les enseignants du réseau privé le font allègrement. Le fait de rendre l’école publique non obligatoire depuis le début de la pandémie, que les exercices offerts soient facultatifs et que les professeurs n’offrent qu’une simple révision de la matière déjà enseignée rend l’exercice insignifiant et ne mobilise ni les élèves, ni les parents et ni les enseignants. Bref, dans le secteur public, on attend qu’il y ait une catastrophe avant d’agir !

 

Tout cela coïncide avec le fait que le gouvernement est en négociation avec ses employés. Or, la CAQ a pris l’engagement de faire de l’éducation sa plus grande priorité. Une telle intention devrait normalement conduire à établir une complicité avec les premiers concernés, soit les enseignants. Pourtant, on constate que le gouvernement risque de profiter de la division actuelle entre trois syndicats pour se donner un rapport de force conduisant à la ratification d’une convention collective au rabais.

 

La priorité pour la réussite n’existe simplement plus. Où se trouvent la nécessaire complicité et le travail d’équipe, et ce, pour le bien des élèves ? Un gouvernement qui veut rendre le réseau public plus efficace et mettre la réussite de tous les élèves au sommet de ses priorités doit agir sur deux fronts, la gouvernance et les actions :

 

Gouvernance : affirmer la volonté politique d’établir une réelle relation de confiance avec les acteurs du terrain dans la prise de décision et d’orientation budgétaire. Tous les acteurs de la filière scolaire, des enseignants jusqu’aux sous-ministres, en passant par les directions des écoles, doivent voir la pertinence de leurs actions sur la base d’un appui aux besoins des écoles. Il s’agit d’une véritable décentralisation, contrairement à la réforme du ministre Roberge adoptée sous le bâillon en février dernier.

 

Actions : inclure les enseignants dans le processus décisionnel, revoir le ratio maître-élèves, accorder du soutien aux élèves en difficulté d’apprentissage et accroître les ressources professionnelles destinées à ces élèves.

 

La crise de la COVID-19 révèle un système d’éducation public qui s’est malheureusement éloigné de sa mission de base : donner accès à une éducation de qualité pour tous, partout sur le territoire, et ce, sans égard aux conditions sociales des familles. Il nous appartient maintenant d’en tirer des leçons pour changer les choses.